J 'étais, avant, à même de pouvoir dire naïvement (la naïveté étant tout de même le propre de ma personne, me fit-on remarquer) que j 'éprouvais ce besoin de ressentir dans mon coeur ce sentiment d 'apaisement....S 'en suivait le "J 'aimerais qu 'il profite à mon être tout entier. Et si ceci ne peut demeurer, je fais le voeu d 'être à jamais immunisée de tout sentiment, de toute émotion afin de n 'être jamais plus conditionnée à souffrir indéfiniment. Ne plus jamais être ni prisonière, ni esclave de mon amour..." Je ne fais que relater, ici, ces impressions omniprésentes. Il y a juste que sentant mes forces m 'abandonner, je me sens m 'écrouler sous le poids de cette douleur qui m 'est pourtant si familière. Lassée de chercher en vain à ne pas avoir à éxtérioriser mes larmes...Ah, c 'est ô combien j 'ai ri de tout ceci afin de ne pas avoir à en pleurer...L 'auto-dérision est utile chez les écorchés vifs, ils en usent de manière à se protéger du monde. Etouffer mes cris ne sert cependant tellement à rien...J 'aimerais hurler à gorge déployée, car vient un moment où la douleur se fait si intense que ses spasmes se font jouissifs. N 'avez-vous jamais éprouvé de douleur physique si insoutenable qu 'il vous viendrait la subite, et subitement incontrôlable envie de mordre dans quelque chose de dûr du plus fort que vous le pourriez afin de canaliser votre rage ? Que feriez-vous si cette même sensation s 'accaparait votre âme ? (pour ceux qui n 'en sont pas dépourvus, bien entendu.) Ah, ne sais-je point si j 'aime ou si je hais, la passion dévorante étant la clé de la tragédie, vaste éxploration de l 'infinie complexité de l 'âme humaine...de loin la plus passionnante, pourrais-je rajouter. Devrait-ce d 'ailleurs être si terrible d 'aimer ? Lorsque les gens aiment, ne devraient-ils pas être heureux après tout ? Et les gens heureux...Comme c 'est mignon !...comme ça m 'écoeure ! Je pense avoir enfin dépassé le stade "pour combler mes lacunes affectives, je pourrais me mettre avec n 'importe quel bâtard qui me tomberait sous la main..." La triste réalité étant encore malheureusement bien différente de cela...Bien que cela me blesse profondément, je vis avec toutes ces contusions. Aucun de ces bonheurs médiocres qui sont à la portée de cette inconditionnelle insatisfaite que je suis ne sauraient faire l 'affaire. ayant aimé à en avoir perdu la raison, je ne saurai rien oublier de tout ceci...Je n 'ai pas voulu le perdre, je me suis dupée. Nous ne nous appartenons plus, la vie est ainsi faite...Seulement, avons-nous déjà eu un quelconque droit de possession l 'un sur l 'autre ? Toujours est-il que je pourrais répondre que moi, je lui appartenais, ce qui peut-être est toujours le cas...Il est parti en courant, mes yeux ne peuvent plus le trouver...Sans doute aurait-il dû me rendre aveugle. J 'ai tenté par tout les moyens de l 'oublier, quitte à renier son existence-même, et celle de cet amour qui perdure, ainsi que tout ces souvenirs...qui n 'ont de cesse de me poursuivre. Et c 'est un fait, je le vois, chaque jour...seulement, parait-il que je suis la seule à le voir. J 'en déduis qu 'il me hante au point de provoquer chez mon inconscient des hallucinations.
Il est tout à fait possible de refaire l 'histoire au conditionnel avec des "si"...manière la plus conséquente de se voiler la face (même si l 'expression me fait rire, allez chercher pourquoi...). Il y a ce "si je ne t 'avais jamais rencontré, ma vie serait tellement plus simple...elle serait à ce point plénitude qu' elle ne serait pas la vie. Oh non, ça serait si facile...Si tu pouvais n 'avoir même jamais existé !" Je te hais pour m 'avoir montré l 'amour, ainsi que pour m 'avoir mise dans l 'état dans lequel je me trouve à présent.
Post-mortem.
Oh, c 'est une histoire de haine après tout. Simple haine de ce qu 'il peut encore représenter à mes yeux. J 'aimerais rejeter mon amour à son égard. Le vomir de la façon la plus dégoûtante qui soit, l 'expulser le plus violemment possible...pour me souvenir de fait que je ne veuille plus jamais y retomber de quelque manière qui soit. En attendant, régurgiter ma peine me fait régurgiter tout court. Folle amoureuse ? Non non, juste folle à lier...et alors ? Ce n 'est pas forcément une tare...C 'est la vie qui me le dit ; ni le rêve ni l 'espoir n 'occupent de place fondamentale, je n 'ai plus la permission de l 'aimer. J 'aurais préféré cesser de respirer plutôt que de le laisser partir...Et je demeure ici sans n 'avoir plus que ce vague souvenir d 'une douleur amère. Si je ne peux désormais plus vivre cet amour que dans le rêve et l 'absurde, je cesserai de rêver. Par conséquent, je couperai les vivres à mes sentiments, ceux-cis se propagent toujours en moi. Je me suis laissée aveugler par la lumière qui émanait de lui. J 'ai vécu pour son amour, cet amour dans lequel je me suis enfermée, m 'étant laissée brûler à petit feux par ce sentiment dévorant. Sans doutes l 'aimais-je bien plus que lui ne m 'aimait. Il m 'enchaîne. Avoir fait voeu d 'abnegation, m 'être vouée à son existence, avoir raccroché ma vie à la sienne, en somme, l 'avoir laissé toucher à ce que j 'étais...sans doutes l 'aimais-je également bien trop...Assez pour n 'avoir jamais rien demandé en retour quant à ce que j 'offrais. L 'âme nocive de cette histoire n 'est autre que moi vis-à-vis de moi-même.